Nutrition News for Africa
Résumé - 30 juin, 2007
Un article intitulé «L’espoir d'une approche à base communautaire pour le contrôle de la malnutrition sévère : Une étude de cas en Ethiopie » ( “The promise of a community-based approach to managing severe malnutrition : A case study from Ethiopia”) a été publié par Chaiken et al. dans Food and Nutrition Bulletin 2006;27(2):95-104.
Introduction : Les soins thérapeutiques à base communautaire (CTC) ont été récemment mis en œuvre dans plusieurs contextes de crise alimentaire où la malnutrition sévère est répandue et où les organisations non gouvernementales tentaient de réaliser une meilleure couverture de leurs programmes tout en minimisant la dépendance. Cet article rapporte la situation d’un tel programme mis en oeuvre en Ethiopie méridionale par l’ONG Save The Children, USA.
Méthodes : Le CTC est une récente innovation conçue pour le traitement des enfants sévèrement malnutris engendrant moins d’influence sur leurs familles et les revenus du ménage comparée aux approches traditionnelles qui préconisent un traitement en milieu hospitalier dans des centres de réhabilitation nutritionnelle ou des centres de nutrition thérapeutique. En 2003, les vallées du centre méridional de l'Ethiopie, particulièrement la zone de Sidama, ont été frappées par une sécheresse au cours de laquelle la plupart des familles sont passées d'une vie précaire à une insécurité alimentaire totale. Save the Children USA a proposé une approche CTC pilote pour améliorer les services traditionnels des centres de nutrition thérapeutique. Il a été décidé de mener ce programme pilote dans un des woreda (district) couvert par Save the Children USA avant de l’étendre éventuellement à trois woreda. Save the Children USA compte sur une approche de planification participative à travers laquelle les fonctionnaires locaux du woreda, les accoucheuses traditionnelles, les volontaires de santé communautaire, les agents communautaires de santé de la reproduction, ainsi que d'autres fonctionnaires locaux ont été invités à une rencontre afin de discuter les problèmes de malnutrition de leur zone et les stratégies pouvant être mises en œuvre pour les résoudre. Au sein de chaque communauté, les parents ont volontairement introduit leurs enfants dans le programme du CTC pour recevoir le traitement contre la malnutrition. Après le dépistage médical, les soignants ont reçu des indications sur le mode d'utilisation de l’aliment thérapeutique prêt à être consommé, Plumpynut. Chaque enfant est retourné à la maison avec une ration de Plumpynut suffisante pour une semaine, en plus d’une ration supplémentaire de farine, d’huile et de savon. Les enfants ont été suivis chaque semaine par un agent de santé qualifié dans l’un des sites communautaires du programme. Ceux dont l’état progressait, ont reçu leur dotation de la semaine suivante en Plumpynut, en farine, en huile, et en savon de même que des conseils sur la santé et la nutrition. Un défaut de croissance résultait selon l'état de l'enfant à le référer chez un médecin ou à mener par l’intermédiaire d’un bénévole plus de suivi et d‘éducation sanitaire. Lorsqu’un enfant atteignait à deux pesées successives un poids-pour-taille supérieur à 80% de la médiane, il était transféré au programme d’alimentation supplémentaire. Les enfants ont été admis dans le programme d’alimentation supplémentaire soit directement à cause d’une malnutrition modérée ou transférés du programme de traitement thérapeutique intensif en externe. Après les mesures anthropométriques, l’inscription et une visite médicale, une barre de savon et 4,6 kilogrammes de farine enrichie ont été fournis au tuteur de l'enfant. L’enfant était libéré du programme d’alimentation supplémentaire à la suite de deux valeurs successives de poids-pour-taille d’au moins 85% de la médiane.
Résultats : Les données de cette première tentative pour l’application d’une approche à base communautaire montrent que la prévalence de la malnutrition est réduite à la fois en satisfaisant les besoins des enfants affectés et en protégeant ceux à risque d'une détérioration de leur état nutritionnel par des mesures préventives de santé publique et par la distribution de rations alimentaires supplémentaires. En septembre 2003, le taux de mortalité journalier des enfants de moins de cinq ans était de 1,47/10.000 et le taux de malnutrition aigüe sévère de 1,0% (intervalle de confiance de 95%, 0,5 - 2,0). En mars 2004, ces taux respectifs s'étaient améliorés à 0,45/10.000 et à 0,6% (intervalle de confiance de 95%, 0,2 - 0,9). Les programmes de Save the Children ont admis 5.799 enfants sévèrement malnutris en cinq mois parmi lesquels 3.765 (64,9%) ont suffisamment récupéré pour être transférés au programme d’alimentation supplémentaire. Un total de 7.961 enfants supplémentaires a bénéficié des services du programme d’alimentation supplémentaire. Le taux d’échec était bas, indiquant l'adhésion de la communauté à l'approche. Le taux de mortalité était très faible.
Conclusion : La participation locale dans la planification et la mise en oeuvre du programme CTC à différents niveaux explique son efficacité. La mobilisation de la communauté présente un point d'entrée efficace pour les activités complémentaires qui visent à améliorer la sécurité alimentaire, les connaissances locales en pratiques sanitaires et nutritionnelles et les infrastructures. Les auteurs pensent qu'une plus large mise en oeuvre des soins à base communautaire offre la possibilité de faciliter le passage d’une situation réelle d'urgence à la programmation du développement, et que l’application future des stratégies du CTC devrait analyser la faisabilité de cet objectif dès les phases de planification.
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